Le concert vécu
Il ressortait de ce concert une impression de déjà
vu, de déjà lu pour les internautes. Même tournée,
même répertoire (cf
le concert imaginé), Jeanne Cherhal et Nery ont donné
à l'Heure Bleue la version province de leurs dernières
créations. Si on ne retrouve pas, mot pour chant, mise en
scène pour effet, les mêmes choses qu'à l'Européen
(pour Jeanne) et qu'à Ivry (pour Néry), les grandes
lignes étaient là
et c'est tant mieux.
Encore une belle soirée de chansons. La
complicité rêvée par les bobeux entre les deux
artistes s'est produite ; Jeanne déclarant sa flamme à
Nery (presqu'autant qu'à sa cousine et Grenoble, et non,
non ce n'est pas un effet de scène) après s'être
cachée deux chansons derrière un pilier. Nery et sa
troupe assistant à la quasi-totalité du concert cherhalien,
avec plaisir semble-t-il.
Et nous dans tout ça ? Il restera de la soirée la
présence de Nery, sa capacité à chanter l'intimité
sans intimider le public, ses " allez " murmurés
et ses " on a gagné " d'actualité, entre
Irak et ligue des champions. Nery n'a pas trop soliloqué,
non à cause de la salle, mais parce qu'il y était
bien, face à des spectateurs concentrés transmettant
la chaleur de leurs émotions à travers des applaudissements
nourris.
 
Un triomphe qui permettra au poète de rajouter
quelques notes dans son carnet, entre une improvisation de petit
journal (le convoyeur de viande faisant écho au " représentant
" du petit bulletin) et les délires musicaux de la section
rythmique de Taranta-Babu !, qui l'accompagnent sur cette tournée
et nous accompagnent dans un univers musical en h. (proches d'arthur
dans la réalité et de jacques dans les rêves.).
Jeanne Cherhal n'avait pas la tâche facile
après cela. La notoriété et les succès
discographiques lui permettaient de partir avec le soutien de la
salle, et elle se plaçait bien dans la ligne, les chansons
défilant, toujours accrocheuses et amusantes.
Avec son sens de la répartie, elle fait
penser aux chanteurs trentenaires à succès mais elle
garde en bouclier son approche antisocialement ludique. Un quart
d'heure anti-américain après, entre un petit bijou
de corn-flakes à 2euros25 et un spoken word sur les rollers
d'A., arrivée à la station d'épuration fait
très fin de siècle, fin sans doute logique de notre
société de consommation ; ça dénonce
sec.
 
On peut néanmoins regretter le côté
trop pro, déjà pressenti à l'européen
et qui fait regretter " l'ancien " temps pour ceux qui
l'ont vu seule derrière son piano (pour les autres, achetez
le premier disque de Jeanne Cherhal en concert, vous comprendrez).
Et si l'on a pas eu les divagations espagnoles,
les spectateurs ont quand même eu droit à leur leçon
de rythmique manuelle : " contre-temps, contre-temps, temps,
temps ". N'essayez pas de me demander comment ça fait,
moi j'en sais rien. Par contre c'est validé par Tatiana,
la batteuse de Nery, du Garage Rigaud et de Taranta-Babu ! (au bout
de deux citations, vous irez bien faire un tour chez votre disquaire
).
Bref, en route pour la trêve estivale, rendez-vous
sous chapiteau (le 1er juin, suivez l'info), en Haute-Saône
pour les plus téméraires (cf.
les extérieurs), et à l'Heure Bleue dès
novembre pour le mois de la chanson.
le j. de bob, mai 2004
|