Avec
Bell il
Lure (70,
pour les ignorants)
Bell
il, groupe angevin vu à l'ADAEP en 2002, a repris
Léo Ferré. C'était en2003, en hommage au
poète. " Hurle tout ", se situe dans un registre
nettement moins emprunté que celui des stars de la chanson
(Lavilliers, Higelin ou Bashung) que l'on entendit avec quelques
nouveaux (Hurleurs, Dominique A, Miossec, Dionysos
), un
tout petit peu moins mièvres, sur " Avec Léo
" au mois du juin. Bell il est un groupe de rock, et
le rock ça se chante en français, surtout avec les
textes de Ferré.



Dans l'auditorium François Mitterrand (à Lure, c'est
loin mais patience, ils seront peut-être bientôt de
nouveau à Grenoble), le public est sagement assis, lorsque
Bell il sort du noir. Un petit morceau à eux pour
se mettre en jambe et commenter la météo (la pluie
qui tombera pendant trois ans) et on entre dans le vif.
Les
chansons de Ferré ont été mises à
nu. Guitare électrique, contrebasse, batterie. Les arrangements
sont électriques et Christophe Bell il se tend, joue
avec son pied de micro comme un vieux rockeur, et saute dans tous
les sens, en transe. Le souffle court après trois morceaux,
il joue sur la réactivité des musiciens pour reprendre
pied pendant que le public apprécie le travail de la guitare,
de la contrebasse ou de la batterie pour prolonger les ambiances
nocturnes.
Et
il repart en ondulant au pied des spectateurs, ébauche
des pas de flamenco et cherche ses musiciens et le public du regard
pour nous entraîner vers son imaginaire. Ca va vite, c'est
juste et malgré les cuivres imaginaires, les textes font
toujours mouche.
La
poésie de Ferré reste d'actualité, comme
l'étaient déjà ses mises en musique des "
grands " poètes. Entre ces désormais classiques
de la chanson française (Monsieur William, Vingt ans, Âme
te souvient-il, Pépée
), Bell il glisse
quelques morceaux de son répertoire (tirés des deux
albums, le cri et cabossé) se permettant d'interpeller
les politiques avec un tu fais quoi dans la vie comme une réponse
des intermittents à Raffarin.
Tant
pis pour les grincheux, le rock en français est assurément
politique, dans la salle on entend des " n'oubliez pas de
voter à gauche le 21 mars ", sans doute une manière
de ne pas oublier le spectre du monstre évoqué par
Bell il.
L'intensité
du concert, renforcée par un jeu de lumières, tantôt
saccadé, tantôt expressionniste, se retrouve dans
les rappels qui forcent le groupe à aller jusqu'au bout
du répertoire travaillé et à reprendre, finalement,
Vingt ans, entre punk et rockabilly, histoire de dire : "
c'était n'importe quoi, mais que c'est pour vous ".
le
j. de bob. mars 2004